Conférence Transboréal du 5 octobre 2006
« Un an autour de la Méditerranée » par Axelle Hutchings et Julie Sibony
La Méditerranée doit son nom au fait qu’elle est littéralement une « mer au milieu des terres », en latin mare medi terra. Et quand historiens ou géographes parlent de Méditerranée, ce n’est pas seulement à une étendue d’eau qu’ils font référence, mais justement à la terre qui l’entoure : le bassin méditerranéen. Point commun le plus aisément tangible et quantifiable, c’est d’abord le climat qui fait de la Méditerranée un ensemble : hivers doux, étés chauds et secs. L’étroitesse de la bande littorale, adossée presque partout à des montagnes qui se jettent dans la mer, est l’autre caractéristique du milieu naturel méditerranéen. En découle une végétation relativement uniforme adaptée à la sécheresse estivale : maquis, garrigue, pins, chênes verts, oliviers. Il faut y ajouter la vigne, le blé et les vergers pour obtenir un vrai paysage méditerranéen, souvent fait de cultures en terrasses et pâturé par des chèvres.
Axelle Hutchings, professeur des écoles, et Julie Sibony, traductrice littéraire, sont parties un an sur le pourtour méditerranéen, avec la volonté d’être à l’écoute de ce qui rapproche plutôt que de ce qui divise. Ayant choisi de se déplacer dans une camionnette aménagée pour privilégier l’autonomie, elles ont relié d’une traite tous les pays riverains. Au total, 20 pays traversés en 380 jours, 34 000 km parcourus.
Tout au long de leur voyage, Axelle Hutchings et Julie Sibony ont troqué des objets au gré de leurs rencontres : elles proposaient aux gens de leur donner quelque chose qui, pour eux, représentait la Méditerranée, que ce soit par son histoire, sa provenance, sa texture, son odeur ou sa symbolique, sans que n’entre en compte aucune valeur marchande. Il était ensuite échangé avec la personne suivante, et ainsi de suite jusqu’à former une chaîne de quatre-vingt-cinq objets au total. Ces objets ne sont plus en leur possession ; elles les ont semés sur leur route comme autant de cailloux au bord de la mer. Mais tous ont été photographiés, et cette collection d’images constitue aujourd’hui un étonnant carnet de voyage, portrait composite et subjectif de la Méditerranée, mais aussi matérialisation de la chaîne humaine construite grâce à ce procédé : chaque personne est liée à la précédente ainsi qu’à la suivante par l’intermédiaire de l’objet échangé. Et si aujourd’hui les marchandises circulent bien plus facilement que les hommes en Méditerranée, cette démarche avait pour ambition de rétablir, même provisoirement, un lien continu entre les populations du bassin, aussi ténu soit-il.
À 20 heures, dans la salle Jules-Ferry, au 29 de la rue d’Ulm, à l’École normale supérieure, dans le cinquième arrondissement à Paris.
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