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Sahara, Rien ne va plus ? sur France Culture

Monday, January 16th, 2012

baroud

“Baroud (poudre à canon)”

Deux numéros de l’émission Tout Un Monde sur France Culture, mardi 17 et mardi 24 janvier 2012, de 15 à 16h, pour évoquer la situation actuelle au Sahara, classé “zone rouge” selon les différents ministères des affaires étrangères occidentaux.

- La première émission, mardi 17 janvier 2012 à 15h, sera consacrée au Sahara d’hier, ses réseaux et solidarités traditionnels, comment s’est constituée et en quoi consiste « la » société saharienne. Porter un éclairage sur les différentes populations qui y vivent, quels types de relations entretiennent-elles, entres elles. Aires culturelles, aires linguistiques, économies, et migrations intra-africaines.

Invité studio au micro de Marie-Hélène Fraïssé : Pierre Boilley, directeur du Centre d’Etude des Mondes Africains, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Afrique subsaharienne contemporaine.

Reportages réalisés par Arnaud Contreras avec Ibatan El Moktar, association Taflist ( “La Confiance”), et Julien Brachet, géographe, chercheur à l’IRD, auteur de “Migrations transsahariennes – Vers un désert cosmopolite et morcelé » (éditions du Croquant, 2009).

- La seconde émission, mardi 24  janvier 2012 à 15h, sera consacrée au Sahara d’aujourd’hui, aux facteurs qui mènent à l’insécurité pour les populations sahariennes et leur isolement du reste du monde. Nous évoquerons les conséquences de la guerre en Libye, les organisations politiques exogènes aux visées politico-théologiques (Al Qaïda au Maghreb Islamique), les réseaux d’acheminement de migrants clandestins et de produits illicites (cannabis, cocaïne) découpant cet espace en « territoires » soumis aux contrôles de groupes ethniques, les richesses minières importantes (pétrole, uranium, or, fer, etc.) générant des compétitions entre les multinationales occidentales et les grandes sociétés nationales.

Invité studio au micro de Marie-Hélène Fraïssé :
- Pierre Boilley, directeur du Centre d’Etude des Mondes Africains, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Afrique subsaharienne contemporaine.
- André Bourgeot, directeur de recherches EHESS, anthropologie politique du nomadisme, organisateur du colloque “Sahara de tous les enjeux”.

Reportages réalisés par Arnaud Contreras avec Alain Antil, chercheur à l’IFRI, spécialiste des trafics de stupéfiants en Afrique de l’Ouest, Abdou Afane et Laurent Gagnol, chercheurs à l’Université de Grenoble, spécialistes des pressions que les nomades subissent du fait de l’exploitation de mines sur leurs territoires de pâturage et de vie.

Les deux émissions seront disponibles en podcast et écoute sur le site de France Culture à cette adresse +++

Voiles Sahariens et considérations sur les événements au Sahara

Monday, January 10th, 2011

voile-saharien

Laissons en paix les familles des otages assassinés au Niger. Quelle honte ces caméras, ces micros, ces appareils photos qui viennent mendier des larmes… Pour quelle information ?

Oui cela entretient la peur de l’autre.

Mais ne soyons pas non plus naïfs, aveuglés par nos convictions, amitiés et souvenirs de beaux moments. Est-ce que nos amis au Sahara et au Sahel nous disent qu’ils peuvent assurer notre sécurité en ce moment ?

Nous n’en savons rien. Ils ne communiquent pas, hormis les organisateurs de la fête du chameau à Tessalit, au Nord Mali, qui indiquent sur leur site que notre présence est interdite.

Par ouï-dire, on sait que l’on peut aller pour l’instant et sans grand risque à Djanet, peut-être à Tamanrasset, en Algérie, peut-être dans d’autres poches en Mauritanie et ailleurs au Sahara.

Je ne suis pas journaliste mais documentariste, donc subjectif, souhaitant mettre en lumière un point de vue sur un phénomène, une situation. Je travaille en transparence sur des sujets culturels, pas politiques.

Mais lorsque je parle avec des journalistes qui veulent travailler sur la zone saharienne, d’un point de vue politique, sécuritaire, géopolitique, je m’aperçois qu’ils sont confrontés aux mêmes difficultés que moi. Que l’on travaille sur la préservation d’un savoir-faire, sur la musique contemporaine au Sahara ou sur les flux migratoires, le trafic de drogue, le terrorisme, la prospection d’uranium, on est logé à la même enseigne.
Objectif ou subjectif, on ne peut pas bien travailler au Sahara. La peur ne date pas des récents événements. Elle est entretenue depuis des années par les gouvernements qui nous accréditent ou non lorsque l’on vient tourner, photographier, écrire. Elle est maintenant montée d’un cran et visible à la Une des journaux.

Oui il y a des exagérations et raccourcis de la part des médias sur la situation actuelle.
Oui, il faut construire pour l’avenir, écrire et publier des informations vérifiées sur les zones à risque et celles qui ne le sont pas.

Mais où trouver ces informations ?

Les amis du Sahara, qu’ils soient touristes, chercheurs, humanitaires, agents touristiques, artistes ou journalistes ne sont pas transparents eux non plus.
Ils tentent de calmer les effets de déclarations préjudiciables, je le fais également parfois. On souhaite que nos amis sahariens puissent vivre normalement.

Mais à ce jour, je suis désolé, nous n’avons pas d’informations fiables sur la situation réelle au Sahara.

Malgré nous, nous sommes entrés dans une logique d’action réaction violente.

L’une des solution prônée depuis des années pour que les populations des “zones rouges” ne basculent pas est l’aide au développement au bénéfice direct des populations, sans passer par le “filtre” des gouvernements locaux. Mais cela aussi est taxé de colonialisme, d’interventionnisme, au même titre que les opérations militaires extérieures.

Je lis dans certains textes qu’il ne faut pas penser la situation en tant qu’occidental. Je n’ai pas deux cerveaux et ne peux penser qu’en tant qu’occidental. En revanche j’écoute et lis les quelques amis qui osent s’exprimer de là-bas. Que disent-ils ?

Que leur société est millénaire, qu’elle existait avant la présence occidentale, avait des cultures, des économies, des conflits. Si les différentes communautés sahariennes s’entendent ou se confrontent, ce n’est pas uniquement du fait de nos interventions, même si la course effrénée aux sous-sols et d’autres intérêts géopolitiques accroissent les tensions. Combien de fois ai-je pu observer des comportements d’amitiés, mais aussi des comportements xénophobes, au sein-même de ce qui peut paraître de l’extérieur comme des communautés unifiées.

Alors aujourd’hui sont-ils capables de s’unir contre cette menace qui nous est invisible, qui leur est visible ( « au désert même le sable  parle » seconde phrase touarègue la plus connue après « l’eau c’est la vie »).

L’un des arguments souvent avancé pour « régler » les problèmes contemporains est de confier des armes aux populations locales, en particulier aux ex-combattants des rébellions. Ils connaissent le terrain et seraient à même de débusquer les éléments dangereux. Mais une fois encore les gouvernements centraux  ont trop peur que les armes se retournent contre eux.

Je n’ai pas de solution à proposer, je ne me permettrais pas de parler à la place des sahariens, n’ose pas imaginer ce qui se décide dans les instances officielles africaines, maghrébines et occidentales. Ce dont je suis convaincu, c’est que nous, amis des populations du Sahel et du Sahara, passeurs, sommes plus utiles ici que là-bas, du moins pour cette période troublée.

Utiles en parlant de cultures que nous aimons, à nos proches, à ceux qui lisent nos textes, voient nos films et photos. Sortir de la petite communauté des « amoureux du désert » et trouver des initiatives originales pour rencontrer une audience plus large.

Utiles en évoquant la diversité des cultures sahariennes, un touareg n’est pas un bérabiche.

Utiles en poussant nos amis artistes sahariens, qu’ils soient musiciens, poètes, écrivains, à s’emparer du sujet et enfin parler de la situation actuelle (on attend toujours une chanson ou un texte sur ce qui se passe), comme le font certains jeunes comédiens de Kidal.

Utiles en mutualisant les informations que nous recevons et en les diffusant dans les médias pour contrer les raccourcis.

À nous aussi d’être honnêtes, tous ne sont pas des saints, le risque est réel dans toute une partie du Sahara et une partie du Sahel ; en allant dans certaines zones, nous nous mettons en danger, et mettons en danger nos accompagnateurs, leurs familles.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas aller au Sahara en ce moment. Je dis qu’il faut aller au Sahara en ayant en tête toutes les données, aussi bien celles des chancelleries que celles de nos amis sur le terrain quand ils en partagent.

Les cartes des ministères des affaires étrangères sont grossières, dessinées depuis l’espace ou les capitales occidentales.

Aux populations locales de les affiner, de nous dire quelle zone est sûre, quelle zone ne l’est pas, de lever le voile.

Que l’on ne me réponde pas que leur niveau d’instruction est trop faible ou encore qu’ils sont menacés par leurs gouvernements lorsqu’ils s’expriment. C’est les déconsidérer, mettre en doute leur capacité à maîtriser leur espace, à faire passer des informations, leur liberté tant affirmée.

Pensées pour les familles de ces deux innocents sacrifiés. Pensées pour les septs otages, pensées pour les amis au Sahara, eux aussi pris en otages.

Arnaud Contreras

SAHARA BLUES documentaire sur France Culture/Sur les Docks

Thursday, September 23rd, 2010

frontiere

Diffusion le lundi 4 octobre 2010, à 17h00, sur France Culture / Sur les Docks de

SAHARA BLUES

Un documentaire d’Arnaud Contreras
Réalisation Vincent Abouchar

logo_franceculture

à écouter sur les ondes et disponible sur le site de France Culture en cliquant là +++

Présentation:

Les événements au Sahara au travers des témoignages de passionnés du Sahara et amis des touaregs. Un regard calme sur une situation d’urgence.

Les « sahariens » ont le blues. Toute une communauté de français liée aux peuples du grand désert par l’amitié, l’amour, l’histoire familiale ou l’industrie touristique subit de plein fouet la dégradation des conditions sécuritaires au Sahara, du terrorisme d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI),  ne peut pas y séjourner.

Chacun confie son lien personnel avec le Sahara, tente d’expliquer la situation actuelle au travers de sa propre expérience, de l’histoire des relations fortes entre la France et les peuples Sahariens.
Ils se retrouvent lors de festival tel Afrikabidon, en Ardèche, de concerts des rockers du désert pour échanger des nouvelles, parler de géopolitique, défendre leurs amis touaregs contre les jugements rapides.

Le blues. La déprime de ne pas maîtriser ce qui se dit sur la zone, la méfiance vis-à-vis des acteurs politiques et énergétiques qu’ils soupçonnent de laisser la zone à l’abandon pour faire des affaires discrètement.

Le blues de pas avoir d’écoute de la part des autorités françaises, de ne pas pouvoir leur donner des clefs pour  maintenir un lien avec cette zone tampon où l’islamisme radical n’avait jamais réussi à pénétrer.

Le blues de ne plus pouvoir vivre leur passion, leur amour, qu’à distance.

Et quand même des projets… L’an prochain un festival à Agadez ?

Avec

Nicolas Loizillon, pdt de l’association La Compagnie des Déserts
Jean-Luc Gantheil, co-fondateur de Croq’Nature et Amitié Franco-Touareg
Jean-Marc Durou, Photographe et historien du Sahara
Maurice Freund, pdt de Point Afrique
Moussa Bilalan ag Ganta, musicien nigérien et Pdt de l’association Emiskini
Catherine Legras, manager du groupe Nabil Othmani

Lien direct du documentaire Sahara Blues, sur le site de France Culture +++

Pour aller plus loin

Sites Internet

Temoust.org
http://www.temoust.org/

Le portail du peuple Touareg berbère Kel Tamasheq

Good Morning Afrika
http://goodmorningafrika.blogspot.com

Enjeux géopolitiques et stratégiques en Afrique

Issikta
http://issikta.blogspot.com
Actualités du peuple touareg

Kidal Info
http://www.kidal.info
Actualités du Nord Mali

Agadez-Niger
http://www.agadez-niger.com
Infos de la région d’Agadez

Tamasheq.net
http://www.tamasheq.net

Le site des musiques touarègues

Sahel sounds
http://sahelsounds.com

Exploration de la société et de la musique contemporaine au Sahara et Sahel

En Vouature Simone
http://envouaturesimone.blogspot.com
Actualités militante du Sahara

Le Blog Saharien
http://www.leblogsaharien.com
Actualités culturelles du Sahara

La Rahla
http://www.larahla.org

Amicale des sahariens


Livres

Migrations Transsahariennes
Vers un désert cosmopolite et morcelé

Par Julien Brachet
Eds du Croquant 2009

L’Exploration du Sahara
Par Jean-Marc Durou, préface de Théodore Monod
Actes Sud 2002

Chamelle
Par Marc Durin-Valois
Lattès 2002

Mythes et réalités d’un désert convoité, le Sahara
Par Jean Bison
L’Harmattan, 2003

Sahara, le silence des clichés

Wednesday, May 26th, 2010

obama

Sahara, le silence des clichés

Un à un les liens qui nous relient au Sahara sont coupés.

Aujourd’hui on apprend que les destinations touristiques du sud algérien Tamanrasset et Djanet sont fermées pour des raisons sécuritaires. En réalité cela fait 4 mois que le sud est fermé. Sur place l’économie touristique est ruinée, comme dans toute cette zone de 8 millions de km2. Les sahariens lancent des appels, pour comprendre, avoir des informations et que l’on parle d’eux.

Niger interdit pour cause de “banditisme”. Nord Mali interdit pour cause de “menaces terroristes par AQMI”.etc…
Cela ne suffit pas pour lire la carte contemporaine.

Je suis allé trois fois à Tamanrasset cet hiver. À chaque voyage mon espace de liberté de mouvement s’est réduit jusqu’à ne plus pouvoir sortir de la ville, ou de manière très encadrée. De retour en France, l’espace d’expression sur le Sahara se réduit lui aussi, à part dans le petit cercle des sahariens, de la géopolitique et des fans de musique saharienne, des Tinariwen et autres groupes de « rockers du désert ».

Soyons clairs et précis. Pour de nombreux éditeurs, producteurs et rédacteurs en chef,  “Le Sahara ne vend plus, il n’est plus à la mode, il est dangereux, donc il n’y a plus de touristes qui y vont, donc on ne peut plus leur vendre de livres, de journaux et de films à leur retour de vacances”. On ne peut plus y envoyer non plus des reporters… Pas couverts par les assureurs.Toutes les images de dunes et d’hommes bleus, poncifs publicitaires, sont réalisées au Maroc, loin de la vie saharienne réelle. Hormis quelques documentaires et cartes postales lisses et souvent rediffusés pour la enième fois, que voit-on du Niger, du Mali, de la Mauritanie, de la Libye, du sud algérien dans les médias français depuis trois ans ?

Quoi de neuf au Sahara ? Des bonnes et des mauvaises nouvelles.

Des tonnes de cocaïne circulent depuis quelques mois dans le désert. Les rébellions touaregs ont signé la paix. Une immense base militaire américaine (visible sur google map) a ouvert à Tamanrasset, une autre un peu plus loin. La jeunesse touarègue et peul se drague sur Facebook. Les compagnies chinoises sont partout et installent des bases-vie, véritables petites villes, le long des routes. Le théâtre et la poésie de Kidal prennent de l’ampleur. La prospection d’uranium est ouverte dans le sud algérien. Le rap est inventif au Niger. Le trafic archéologique explose au Mali. La majorité des migrants clandestins ne veulent pas aller en Europe, mais traversent juste une frontière ou deux pour chercher du travail quelques mois puis reviennent dans leurs villages. Les communautés ethniques s’entendent comme jamais auparavant. La pollution des grandes villes devient un problème sanitaire majeur. Le SIDA fait des ravages. Des festivals se créent partout, y compris à Gao et Agadès.  Les carcasses du Paris-Dakar jonchent toujours le désert. La jeunesse s’échange sur ses téléphones mobiles les derniers clips égyptiens.

Autant de sujets de reportages, de films, de livres, autant de facettes d’une population dont on ne parle pas.

Rien. Silence radio.
De temps à autres l’annonce d’un enlèvement sur trois lignes. Puis le silence des clichés.

Et personne ne comprend pourquoi.

Les 29 et 30 mai 2010, Sahara Rocks ! Festival de la culture saharienne actuelle sera l’occasion de parler de tous ces sujets… à d’autres personnes j’espère que les amis du Sahara.

Arnaud Contreras

www.arnaudcontreras.com

Le programme du festival Sahara Rocks est disponible sur : www.sahararocks.com