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Sahara, le silence des clichés

Wednesday, May 26th, 2010

obama

Sahara, le silence des clichés

Un à un les liens qui nous relient au Sahara sont coupés.

Aujourd’hui on apprend que les destinations touristiques du sud algérien Tamanrasset et Djanet sont fermées pour des raisons sécuritaires. En réalité cela fait 4 mois que le sud est fermé. Sur place l’économie touristique est ruinée, comme dans toute cette zone de 8 millions de km2. Les sahariens lancent des appels, pour comprendre, avoir des informations et que l’on parle d’eux.

Niger interdit pour cause de “banditisme”. Nord Mali interdit pour cause de “menaces terroristes par AQMI”.etc…
Cela ne suffit pas pour lire la carte contemporaine.

Je suis allé trois fois à Tamanrasset cet hiver. À chaque voyage mon espace de liberté de mouvement s’est réduit jusqu’à ne plus pouvoir sortir de la ville, ou de manière très encadrée. De retour en France, l’espace d’expression sur le Sahara se réduit lui aussi, à part dans le petit cercle des sahariens, de la géopolitique et des fans de musique saharienne, des Tinariwen et autres groupes de « rockers du désert ».

Soyons clairs et précis. Pour de nombreux éditeurs, producteurs et rédacteurs en chef,  “Le Sahara ne vend plus, il n’est plus à la mode, il est dangereux, donc il n’y a plus de touristes qui y vont, donc on ne peut plus leur vendre de livres, de journaux et de films à leur retour de vacances”. On ne peut plus y envoyer non plus des reporters… Pas couverts par les assureurs.Toutes les images de dunes et d’hommes bleus, poncifs publicitaires, sont réalisées au Maroc, loin de la vie saharienne réelle. Hormis quelques documentaires et cartes postales lisses et souvent rediffusés pour la enième fois, que voit-on du Niger, du Mali, de la Mauritanie, de la Libye, du sud algérien dans les médias français depuis trois ans ?

Quoi de neuf au Sahara ? Des bonnes et des mauvaises nouvelles.

Des tonnes de cocaïne circulent depuis quelques mois dans le désert. Les rébellions touaregs ont signé la paix. Une immense base militaire américaine (visible sur google map) a ouvert à Tamanrasset, une autre un peu plus loin. La jeunesse touarègue et peul se drague sur Facebook. Les compagnies chinoises sont partout et installent des bases-vie, véritables petites villes, le long des routes. Le théâtre et la poésie de Kidal prennent de l’ampleur. La prospection d’uranium est ouverte dans le sud algérien. Le rap est inventif au Niger. Le trafic archéologique explose au Mali. La majorité des migrants clandestins ne veulent pas aller en Europe, mais traversent juste une frontière ou deux pour chercher du travail quelques mois puis reviennent dans leurs villages. Les communautés ethniques s’entendent comme jamais auparavant. La pollution des grandes villes devient un problème sanitaire majeur. Le SIDA fait des ravages. Des festivals se créent partout, y compris à Gao et Agadès.  Les carcasses du Paris-Dakar jonchent toujours le désert. La jeunesse s’échange sur ses téléphones mobiles les derniers clips égyptiens.

Autant de sujets de reportages, de films, de livres, autant de facettes d’une population dont on ne parle pas.

Rien. Silence radio.
De temps à autres l’annonce d’un enlèvement sur trois lignes. Puis le silence des clichés.

Et personne ne comprend pourquoi.

Les 29 et 30 mai 2010, Sahara Rocks ! Festival de la culture saharienne actuelle sera l’occasion de parler de tous ces sujets… à d’autres personnes j’espère que les amis du Sahara.

Arnaud Contreras

www.arnaudcontreras.com

Le programme du festival Sahara Rocks est disponible sur : www.sahararocks.com

Émission Échappées Belles, France 5

Thursday, April 15th, 2010

moussa-ag-amastane

Interview à propos du projet Sahara Fragile, diffusé dans l’émission Échappées Belles spécial Sud Algérien sur France 5, les 27 et 28 mars 2010. Quand le réalisateur Laurent Gracia m’a demandé où je souhaitais être filmé, je lui ai indiqué le ksar de Moussa ag Amastane, Aménokal (chef) des touaregs du Hoggar au début du XXème siècle. Ce tournage m’a permis de photographier tranquillement cet ensemble architectural unique dans la région de Tamanrasset, complètement à l’abandon au milieu d’une décharge sauvage…

france5

Pour revoir l’émission +++

Sahara Fragile / Sahariens en danger

Thursday, November 12th, 2009

decharge

Interview dans Géo n°369, Novembre 2009. dans l’article “Algérie, des villes nouvelles dans le Sahara”. Texte de Guy-Pierre Chomette, photographies de Bruno Hadjih.

J’évoque dans cet article les problèmes liés à la collecte de déchets à Tamanrasset (Sud Algérie). Hasard du courrier et de la publication, j’ai reçu le numéro de Géo juste au moment où je débarquais d’une semaine dans le Hoggar.

Au cours de mes précédents séjours, je n’avais jamais vu autant de tas de déchets dans Tam, dans l’oued principal, autour de Tam. « Et encore il n’y a pas de vent aujourd’hui, sinon il y en aurait jusque sur les poteaux électriques » me confiait un habitant. Partout des chèvres se nourrissent des détritus. Elles-mêmes sont mangées par les familles…

Le cycle alimentaire terrible que l’on croit réservé aux grandes mégalopoles du Tiers Monde a désormais sa réplique saharienne.

J’ai encore en tête le moment où, il y a deux semaines, à 11h00 du matin, nous dépassons un camion qui se déleste tranquillement d’un chargement d’ordures, à cent mètres de la première maison, dans l’alignement du superbe Pic Laperine. La piste qui mène au coeur montagneux du Parc National de l’Ahaggar est bordée sur des kilomètres, de tas de bidons d’huiles usagées et de tout ce qu’une agglomération d’environ 100 000 âmes peut jeter.

Dix minutes avant l’entrée dans la ville, une décharge à ciel ouvert collecte une partie des poubelles. Alors que je marche en bord de route, à cinq cents mètres de l’entrée du lieu de « retraitement », je tombe nez à nez avec un tas qui m’a indigné: des dizaines de détritus médicaux, des seringues, des ampoules, et le pire: des poches de sang, des cathéters, du matériel médical de perfusion et de transfusion usagé. Tout cela en bord de route, au milieu de centaines d’autres monticules, libres d’accès aux enfants qui se promènent à vélo dans cette vallée, libre de se répandre dans l’oued.

J’ai souvent évoqué la préservation des patrimoines naturels et culturels sahariens, que ce soit dans le cadre du projet Sahara Fragile, ou dans des films et expositions pour l’UNESCO. J’ai souvent alerté des décideurs sur le fait que sur 8 millions de kilomètres carrés il n’y ait aucune collecte de déchets organisée, d’incinérateur ou autre solution..

Certes les déchets se retrouvent dans le désert au moindre coup de vent et polluent les paysages, mais mon premier souci, sur cette question, a toujours été que des espèces en voie de disparition mangent ces plastiques et rebuts.

L’industrie touristique saharienne a fait de grand progrès en ce qui concerne la préservation des sites. Il devient rarissime de tomber dans le désert sur des traces de bivouac, des emballages laissés par les touristes ou des restes alimentaires. Les guides et voyageurs ont intégré en dix ans la notion résumée en une phrase « Je laisse à ceux qui viennent le monde tel que je l’ai trouvé ». Mais je ne parviens pas à croire que la préservation de l’environnement s’arrête en lisière des villes sahariennes. Je ne parviens pas non plus à croire au trop grand coût du retraitement des déchets. Pour info, les coûts de traitement des déchets par incinération sont globalement comparables, voire légèrement supérieurs, à ceux de la mise en décharge.

Ce tas immonde sur lequel je suis tombé ne relève pas de la préservation de l’environnement. Il  relève de la sécurité sanitaire des populations du Hoggar.

Je n’ai pas de conseils à donner, je suis choqué et je souhaite juste que les enfants qui étaient de l’autre côté de la route ne la traversent pas et qu’ils n’aient pas l’idée de jouer au docteur.

Merci de relayer cela auprès de personnes qui se sentiront concernées, et une fois de plus, auprès de décideurs.

GEO

Reportage sur l’Imzad

Friday, October 2nd, 2009

logo_franceculture

Retour en cabine de montage à France Culture, et réalisation d’un reportage sur l’Imzad diffusé lors de l’émission Tout un Monde , le dimanche 27 septembre 2009, de 15 à 16h.

L’émission avait pour thème cultures nomades en exil, et était centrée autour du festival “Rumeurs Urbaines” qui se tiendra du 3 au 17 octobre dans le département des Hauts-de-Seine (92).

Pour découvrir la vielle saharienne et les actions entreprises dans le sud algérien pour sa préservation, consultez le site de  l’association Sauvez l’Imzad.

Les feux d’Antinea

Thursday, January 15th, 2009

Hommage à Cheikh Samadate, fondateur des Amis du Hoggar et du festival de Tin Hinan, à Abalessa, sud algérien, disparu récemment.

J’ai rencontré Samadate il y a trois ans, quelques jours avant l’ouverture de son festival. Dans le bureau de Moktar Zounga, ancien maire de Tamanrasset, il déployait toute son énergie à convaincre les personnes présentes dans la pièce de contribuer à la réussite de son entreprise.
Quelques jours plus tard nous nous retrouvions au pied du tombeau de Tin Hinan.
À quelques heures de “l’ouverture”, il me bombarde “directeur artistique” du festival. En résumé, il me demande conseil pour savoir où placer les tentes principales, comment les orienter, où les voitures devaient être parquées…

Dans l’euphorie poussiérieuse de ce terrain, je lui glisse entre autre l’idée d’allumer à la nuit tombée des feux autour du tombeau de Tin Hinan. Ses yeux brillent. Rallumer la flamme de la reine, d’Antinea, de la mère originelle des Touaregs. Tout un programme.

Trois heures plus tard, les tentes sont en place, face à la montagne du tombeau. Une partie du public s’installe à l’ombre des tamaris, sur les branches.
Quatre heures plus tard, un ballet incessant de 4×4 provoque un nuage de poussière, de sable, dont émergent les boucliers et épées des troupes de guerriers. Une ambiance cinemascope.

La nuit tombe. Tinde et chants, odeurs et volutes.

Je croise Samadate. “J’ai demandé pour le feu”. me dit-il.
“Pas possible”reprend-il après un silence. Il pointe du doigt une voiture blanche et verte.

Ce jour-là, je n’ai pas pris beaucoup de photos. Et ce soir en regardant ma planche contact, tous les souvenirs renaissent.
Puissent ces images du Hoggar et de son festival réchauffer le coeur de sa famille, de ses proches, des amis de Tam et du Hoggar.

Photographies par Arnaud Contreras
http://arnaudcontreras.com
Musique: “Amidine wa dagh nohar timtar”, par Terakaft
http://www.myspace.com/terakaft

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