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Lettre aux otages sahariens

Friday, November 25th, 2011

tombouctou

Tombouctou. Mali. Mosquée Djingareyber. 2007


Mes pensées premières aux familles qui quittent depuis quelques mois Kidal, Gao, la région, pour se réfugier à Bamako ou en brousse, sans que personne n’en parle.

Mes pensées premières pour ces familles qui n’osent plus parler librement au téléphone depuis des mois, persuadées qu’elles sont écoutées, envahies par la peur qui provient de tous côtés.

Mes pensées premières aux jeunes qui se font arrêter sur les pistes par des barbus, parce qu’ils fument des cigarettes et écoutent du rock ishumar.

Mes pensées premières pour des jeunes femmes touarègues, qui pour certaines, ne peuvent plus serrer la main de leurs cousins, se promener sur les marchés sans être accompagnées par un homme.

Mes pensées premières pour les réfugiés de Libye, qui ont tout laissé dans leur ancienne patrie depuis deux générations, qui ne sont pas “mercenaires”, mais soldats, artisans, commerçants, mes pensées premières à ceux qui les ont généreusement accueillis, sans aide humanitaire occidentale, sans contrepartie, désignés ici comme “ennemis”.

Mes pensées premières pour ces jeunes qui s’agitent sur Facebook, les forums, blogs, nous offrent à voir pour la première fois ô combien le sable parle, les peuples du Sahara ne sont pas un.

Mes pensées premières pour ces âmes perdues, otages de commerces à court terme, au Niger, Mali, Mauritanie, Algérie, par eux, contre eux et les leurs.

Mes pensées premières pour les “fous du Sahara”, occidentaux parfois naïfs, mais tous de bonne volonté, qui défendent, aiment vivre le lien qu’ils ont créé avec des personnes croisés au désert. Sonnés.

Mes pensées premières pour les otages occidentaux, leurs familles, ceux qui cherchent réellement à les faire libérer.

Mes pensées premières pour tous les amis qui m’ont accueilli au Sahara, aujourd’hui otages.

Mes pensées premières pour les musiciens, porte drapeaux des cultures Tamasheq, Songhai, Maure, Peul;
nous ne comprenons toujours pas vos paroles,
mais puisse votre musique accompagner,
maintenant,
un éveil tant annoncé.

Un jour je repasserai vos portes,
vos passes,
nous allumerons un feu,
brancherons les guitares,
et vous me raconterez comment vous avez gagné la guerre contre vos divisions,
et contre ces fous qui ont voulu taire à jamais votre culture et votre mot préféré:
Liberté

Arnaud Contreras

Sahara, le silence des clichés

Wednesday, May 26th, 2010

obama

Sahara, le silence des clichés

Un à un les liens qui nous relient au Sahara sont coupés.

Aujourd’hui on apprend que les destinations touristiques du sud algérien Tamanrasset et Djanet sont fermées pour des raisons sécuritaires. En réalité cela fait 4 mois que le sud est fermé. Sur place l’économie touristique est ruinée, comme dans toute cette zone de 8 millions de km2. Les sahariens lancent des appels, pour comprendre, avoir des informations et que l’on parle d’eux.

Niger interdit pour cause de “banditisme”. Nord Mali interdit pour cause de “menaces terroristes par AQMI”.etc…
Cela ne suffit pas pour lire la carte contemporaine.

Je suis allé trois fois à Tamanrasset cet hiver. À chaque voyage mon espace de liberté de mouvement s’est réduit jusqu’à ne plus pouvoir sortir de la ville, ou de manière très encadrée. De retour en France, l’espace d’expression sur le Sahara se réduit lui aussi, à part dans le petit cercle des sahariens, de la géopolitique et des fans de musique saharienne, des Tinariwen et autres groupes de « rockers du désert ».

Soyons clairs et précis. Pour de nombreux éditeurs, producteurs et rédacteurs en chef,  “Le Sahara ne vend plus, il n’est plus à la mode, il est dangereux, donc il n’y a plus de touristes qui y vont, donc on ne peut plus leur vendre de livres, de journaux et de films à leur retour de vacances”. On ne peut plus y envoyer non plus des reporters… Pas couverts par les assureurs.Toutes les images de dunes et d’hommes bleus, poncifs publicitaires, sont réalisées au Maroc, loin de la vie saharienne réelle. Hormis quelques documentaires et cartes postales lisses et souvent rediffusés pour la enième fois, que voit-on du Niger, du Mali, de la Mauritanie, de la Libye, du sud algérien dans les médias français depuis trois ans ?

Quoi de neuf au Sahara ? Des bonnes et des mauvaises nouvelles.

Des tonnes de cocaïne circulent depuis quelques mois dans le désert. Les rébellions touaregs ont signé la paix. Une immense base militaire américaine (visible sur google map) a ouvert à Tamanrasset, une autre un peu plus loin. La jeunesse touarègue et peul se drague sur Facebook. Les compagnies chinoises sont partout et installent des bases-vie, véritables petites villes, le long des routes. Le théâtre et la poésie de Kidal prennent de l’ampleur. La prospection d’uranium est ouverte dans le sud algérien. Le rap est inventif au Niger. Le trafic archéologique explose au Mali. La majorité des migrants clandestins ne veulent pas aller en Europe, mais traversent juste une frontière ou deux pour chercher du travail quelques mois puis reviennent dans leurs villages. Les communautés ethniques s’entendent comme jamais auparavant. La pollution des grandes villes devient un problème sanitaire majeur. Le SIDA fait des ravages. Des festivals se créent partout, y compris à Gao et Agadès.  Les carcasses du Paris-Dakar jonchent toujours le désert. La jeunesse s’échange sur ses téléphones mobiles les derniers clips égyptiens.

Autant de sujets de reportages, de films, de livres, autant de facettes d’une population dont on ne parle pas.

Rien. Silence radio.
De temps à autres l’annonce d’un enlèvement sur trois lignes. Puis le silence des clichés.

Et personne ne comprend pourquoi.

Les 29 et 30 mai 2010, Sahara Rocks ! Festival de la culture saharienne actuelle sera l’occasion de parler de tous ces sujets… à d’autres personnes j’espère que les amis du Sahara.

Arnaud Contreras

www.arnaudcontreras.com

Le programme du festival Sahara Rocks est disponible sur : www.sahararocks.com

Tombouctou Bluetooth

Tuesday, December 18th, 2007

Une installation multimédia à Tombouctou, au Nord du Mali, en utilisant la technologie Kameleon et des téléphones portables

Lors d’un tournage à Tombouctou pour l’UNESCO en 2005, j’ai constaté que la téléphonie mobile faisait partie du quotidien de tous les maliens.
Un an plus tard, je suis revenu au Mali et ai installé provisoirement en deux endroits des boîtiers Mobizone. Dans ces boîtiers, j’avais intégré des extraits de films tournés en 2005 à Tombouctou sur les patrimoines naturels et culturels de la ville.
Conçus par Kameleon, Mobizone permet de diffuser tous types de contenus multimédia sur les téléphones mobiles et d’interagir avec les utilisateurs en tous lieux d’une ville. Le mode de transmission des Mobizone est le Bluetooth®, un mode de communication gratuit pour l’utilisateur.
Le nouveau média interactif Kameleon a ainsi été expérimenté en première mondiale dans une application au patrimoine culturel dans le cadre du projet de l’UNESCO « le Sahara des cultures et des peuples », un projet de développement culturel contre la pauvreté, entrepris dans le cadre des Objectifs du Millénaire des Nations Unies.

C’était aussi la première fois que l’on diffusait un film documentaire par ce biais.

L’installation a d’abord été réalisé à Bamako, au Musée National, le 12 novembre 2006.
Quatre jours plus tard le dispositif a été installé à Tombouctou, en présence de Cheik Omar Sissoko, réalisateur, Ministre de la Culture du Mali et des personnalités de la ville, dont l’Imam de la Mosquée de Djingaréber et le chef de la mission culturelle à Tombouctou.
Tous les passants, les invités, téléchargeaient sur leur portable des extraits de films et se les échangeaient par Bluetooth®. Beaucoup de rires, une véritable euphorie s’est propagée dans la ville ensablée.
Le Ministre s’est félicité de ce média qui va permettre une appropriation du patrimoine par les populations, et une communication sur le patrimoine dans les langues locales, le Songhaï, le Bambara et le Tamasheq, à Tombouctou. Il s’agit d’une application des NTIC à la culture qui va servir à mieux faire comprendre les valeurs du patrimoine dans leur diversité, favorisant ainsi sa sauvegarde et sa valorisation par les populations.

Cette première expérimentation pourrait ouvrir des perspectives à une coopération avec l’UNESCO, appliquée à ses programmes pour la sauvegarde, la promotion et la valorisation de la diversité culturelle.
Les populations locales ne rentrent en effet que très peu dans les musées, ne s’intéressent pas beaucoup à leurs patrimoines, à l’art… Ils ont d’autres priorités.
Grâce à cette installation ludique, un premier pas a été fait vers les populations les plus pauvres pour qu’elles s’approprient leurs patrimoines.

Production de l’installation: À 360 Productions / UNESCO secteur Culture / Kameleon